Près de nulle part
Publié le 25 Mai 2012
Paris, mon jardin, Le Figaro, les pique-niques, les rendez-vous sur les marches de l’Opéra Garnier, insulter les taxis qui passaient tous occupés, les dimanches aux Puces, même l’épicier boiteux…oh comme ça me manque ! Péniblement ce n’est plus ma vie. Pour des raisons que je ne vais pas évoquer pour éviter une migraine, j’ai dû me déménager dans ce vieux appartement, à milliers de kilomètres de ma ville adorée. Paysages qui laissent de marbre m’entourent au quotidien, gens de faux sourires, politicards toujours en campagne électorale, l’épicier, bête comme ses pieds, et les voisins, quelles personnages ! Premier étage : Madame propreté se plaint des chats de son voisin qui salent le couloir et des enfants du quatrième qui crottent les escaliers. Psychorigide ? Un peu, mais moi non plus, je ne suis pas fan de ces triplés qui crient, sautent et piquent une crise chaque demi-heure. Parallèlement les commères du deuxième étage mettent à jour tout le quartier sur la vie du bâtiment entier. Pour finir le portrait, cet individu en face de chez moi. Peut-être la personne la plus agaçant que je n’ai trouvé ici.
Précisément car je ne trouve pas le plaisir en rencontrer des voisins, je vais très tôt jeter la poubelle. Presque toujours cela avait marché, sauf ce jour catastrophique où le psycho d’en face a décidé de m’accompagner. Pour lui, une femme comme moi ne pouvait pas porter un chargement tellement lourd. Parfaitement je pouvais l’avoir fait, mais c’était telle son insistance que j’ai dû céder pour m’en libérer. Peut-être cela ne m’aurait pas dérangé s’il n’y avait pas eu un tremblement de terre qui nous a laissé enfermés dans la pièce de décharge.
Porte bouchée, odeurs répugnantes, terrible compagnie. Personne à l’horizon, rien d’autre que cet homme irritant, flots et machins partout. « Pascal, je m’appelle Pascal », a dit-il. « Psychologue », continuait-il à remarquer comme si ça me faisait quelque chose. Plus il comprenait que je ne voulais pas lui parler, plus il parlait avec lui-même. Passée une demi-heure le désespoir arrivait. Peureux, il marchait de côté à côté et je lui suivais avec mes yeux dès le coin où j’étais assise. Plus tard il a devenu pâle, ce qui m’a paniqué et m’a amené à lui demander de se coucher. Perché sur une poubelle fermée, il a sorti un remède de son poche et l’a bu. Presque deux minutes plus tard il a sorti deux flacons plus et les a bu également. Perturbée, j’ai décidé de ne plus regarder, mais je continuais à lui écouter en avalant des médicaments.
Pourquoi avait-j’ accédé à descendre avec lui ? Plus jamais ne verrais- je la lumière ? Principalement ce qui me concernait le plus, devrait-je rester avec cet ivrogne jusqu’à lui voir devenir pouilleux? Par chance juste en ce moment-là j’ai entendu quelqu’un frapper fortement la porte. Paulette, la cancanière du deuxième étage, venait de sauver mon avenir. Pendant tout ce temps j’avais pensé que j’allais adorer qui ouvrait la porte. Pourtant, je suis resté ramassée en voyant comme Pascal essayait de sortir. Pas à pas, même s’il ne pouvait pas mettre un pied devant l’autre. Pétrifiée, Madame rumeurs fixait son regard sur lui et marchait derrière. Peut-être j’aurais préféré ne jamais retourner à la réalité, peut-être on aurait pu noyer nos chagrins ensemble…
Viviana